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Cynthia Émond : Tout sur la chef

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Par la fenêtre d’un four, on peut épier une vingtaine de muffins charnus qui se font bronzer en rangées. À l’îlot central, la farine vole sous les coups de fouet robustes d’une employée en tablier. Blogue
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Cynthia Émond : Tout sur la chef

Cynthia Émond : Tout sur la chef

Par la fenêtre d’un four, on peut épier une vingtaine de muffins charnus qui se font bronzer en rangées. À l’îlot central, la farine vole sous les coups de fouet robustes d’une employée en tablier.

En cette journée de novembre, le populaire service de traiteur Tout sous un même chef doit sortir une commande de boites à lunch pour un dîner d’affaires, dresser le menu de son premier party de Noël et popoter un souper d’anniversaire, en plus de maintenir ses frigos pleins pour les célibataires ou les pères de famille qui passeront en vitesse choisir leur repas du soir.

Plongeant dans son plus gros tourbillon de l’année, le lumineux local de la rue Iberville est chauffé par une énergie effervescente. « Tous nos mois sont occupés, mais nous donnons une bonne grosse bourrée pendant la période des Fêtes ! » avoue la chef propriétaire Cynthia Émond.

Pour en finir avec la scrap
Au cœur de ce laboratoire, l’amateur de concours culinaires télévisés aura le réflexe de chercher le Thermomix, la mijoteuse sous vide ou d’autres gadgets reflétant les dernières tendances gastronomiques. Il risque de repartir bredouille. Dans cet espace chaleureux qui régale des centaines de bouches chaque jour, on ne voit pas même l’ombre d’une rutilante cuisinière industrielle au gaz. Des fours blancs à serpentins, bien ordinaires, gardent le fort.

« Je suis assez vieux jeu. Je ne suis pas une adepte de bébelles. Ni dans la cuisine, ni dans les assiettes. Tu as beau mettre 45 froufrous dans ton plat, si ta cuisson est ratée, c’est foutu. Je préfère me concentrer sur l’essentiel. J’aime la bouffe simple, accessible et généreuse. À mon image, je crois », avoue l’entrepreneure de 37 ans, une fille modeste, qui dégage une réputation de confiance et de calme, loin du stéréotype de la toque hystérique.

En démarrant sa PME en 2009, son but n’était pas d’épater la galerie. « Mon but, c’est que les gens arrêtent de manger de la scrap. Tout le monde n’aime pas cuisiner. Tout le monde n’a pas le temps de cuisiner. Soit. Mais tant qu’à acheter quelque chose de tout fait, bon Dieu, achetez donc quelque chose de bon ! » implore-t-elle, au moment où une cliente pimpante entre pour faire le plein de boules d’énergie.

Cette prédicatrice du manger frais et local, qui remplit le reste de son calendrier de cours de cuisine privés, s’est donc donné la mission d’aider les gourmands à s’organiser et à prendre soin de leur santé.

Née dans un enterrement
Cette vocation pour les chaudrons ne vient pas du ciel. Les deux parents de Cynthia Émond ont fait carrière comme marmitons : sa mère, qui tient maintenant la cuiller à ses côtés, a longtemps rempli les cabarets des élèves de l’école secondaire, pendant que son père nourrissait les résidants de la Villa Fraserville. « À la maison, je regardais mon père couper des champignons avec son grand couteau. Ça m’impressionnait tellement », se souvient celle qui a décroché, à 16 ans, son premier gagne-pain chez Normandin.

Après un passage en hôtellerie, elle s’est ensuite inscrite en cuisine d’établissement au Centre de formation professionnelle Pavillon-de-l’Avenir, dans l’espoir d’enseigner les secrets des sautés, des mijotés et des sablés. Dès son diplôme en poche, des amis ont commencé à l’inviter à cuisiner chez eux, lors d’occasions spéciales. « Mon tout premier contrat était pour un enterrement de vie de garçon. Mettons que ça partait fort ! Mon entreprise est arrivée par la force des choses. »

Par la force du bouche-à-oreille. Ou du papille-à-oreille, devrait-on dire.

Rapidement, en ville, le bruit s’est mis à courir qu’elle pouvait faire de la magie avec une liste d’épicerie. Le marché du traiteur, alors dominé par les buffets froids et réservé aux baptêmes et aux funérailles, ne s’en est jamais remis. Elle a bousculé les plateaux de sandwichs pas-de-croute avec ses bouchées plus chères, certes, mais plus raffinées.

« Heureusement, des gens m’ont fait confiance. Si Premier Tech n’avait pas été là dans la première année, je ne serais plus là. Tranquillement, j’ai pris ma place », raconte celle qui fournit aujourd’hui un emploi stable à trois personnes.

Bientôt prête à livrer
Tout sous un même chef a aussi eu la chance de dresser sa table juste avant la montée des boites-repas livrées à la porte par des compagnies au marketing agressif, comme Marché Goodfood et Miss Fresh. « Évidemment, je ne peux pas rivaliser avec ces énormes entreprises, mais je peux miser sur la fibre locale. Les consommateurs ont besoin de connaître l’artisan, le producteur. Je ne fabrique pas des repas comme dans une usine. Je les mitonne comme à la maison », argue cette épicurienne, pour qui le souper parfait se résume à un plat de pâtes carbonara, un verre de vin et de bons amis.

Au cours des prochains mois, Cynthia Émond souhaite d’ailleurs élargir son offre de prêt-à-manger et établir un système de commande en ligne et de livraison à domicile pour éviter le déplacement à ses clients, de plus en plus nombreux à lui confier leur menu de la semaine.

Son local, qui servait jadis de salle de réception, a été réaménagé en un espace boutique, pour laisser plus de place aux étalages de soupes, de salades et de pâtés à emporter. La propriétaire caresse aussi le projet d’enjoliver sa devanture et d’installer une petite terrasse pour les beaux jours.

Rêve-t-elle d’ouvrir un restaurant, un jour ? « Plus maintenant. Pas à presque 40 ans. Mes affaires vont bien. Je laisse la place à mes amis, qui ont de très bonnes tables. Je souhaite plutôt terminer ma carrière en transmettant ma passion aux élèves du Pavillon-de-l’Avenir. Ce serait un juste retour des choses, non ? »

Sans doute, oui. Cynthia Émond n’attend pas la réponse. Elle se lève et retourne à sa planche. Il y a déjà assez de pain qui l’attend dessus.

Tout sous un même chef, 44 rue Iberville
Tout sous un même chef, 44 rue Iberville
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Laura Martin

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